plus de Didier Barbelivien

Sortie du nouvel album "Amours de moi"


Le 7 octobre 2016

11 nouvelles chansons: Ces mots stupides ( en duo avec Aurore Delplace) Les princes s'endorment La Corse en elle-même Cette petite mélodie Mon ange Amours de moi Parc Monceau Louise et Lola's Thème Saint-Tropez en septembre ( en duo avec Aurore Delplace) Les violons du passé Dans la peau d'Alain Souchon Les amants d'Oradour

Sortie du nouvel album  Juin 2016. Après des semaines de grisaille tenace, le soleil parisien accepte de briller à nouveau. L'appartement est grand, bien situé, décoré avec le goût sûr de celui qui a préféré vivre les choses que de simplement les collectionner. Ici, une peinture de Ron Wood, là, des livres d'écrivains français d'importance, plus loin, quelques guitares qui attendent sagement les muses. Sur un mur, une vieille carte de l'Afrique, aux mille couleurs, continent magique où il a passé ses premières années d'enfance et qu'il n'a jamais oubliée, qu'il aime encore de tout son coeur. Il a à peine trois minutes de retard. La poignée de main est franche, les excuses tangibles et le regard viril et rigolard. Didier Barbelivien vient de terminer l'enregistrement de son nouvel album, “Amours de Moi”, mis en boîte dans son studio du 17ème arrondissement, simplement accompagné de Tony Meggiorin, son fidèle arrangeur depuis vingt ans. Il boit du thé en fumant un cigare. Il n'élude aucune question, il sait qui il est et ce qu'il ne sera jamais. C'est un homme d'avant le 2.0, d'avant les hypermarchés dévoreurs de proximité, d'avant encore le marketing sans âme et les écrans noirs des smartphones. C'est un homme qui aime les chansons, qui les aime sans concession, avec une passion non négociable et c'est encore un euphémisme. Il n'ignore pas la puissance d'une mélodie, il sait qu'une chanson a de quoi illuminer bien des existences, dessiner bien des chemins. Enfant, ses horizons s'étaient incarnés en 45 tours, les hits, les trois minutes d'éternité, c'étaient déjà toute sa vie. La flamme est intacte, c'est une évidence. Quand il raconte ce disque personnel (peut-être son plus intime à ce jour), envoûtant, mystérieux, ouvert sur le monde, on devine un homme capable d'aventures même sans mouvement, un homme pas dupe qui refuse de céder aux trompettes du cynisme contemporain. Didier Barbelivien a su rester curieux. On ne le refera pas. Il préfère le sépia, les épiciers de quartier, les bouquins (qu'il offre régulièrement à ses invités), la foi, l'instinct aux raccourcis soldés, aux réseaux (anti)sociaux. Cette époque n'est peut-être pas la sienne même s'il l'enlace sans jamais se plaindre. Il ne dit pas que c'était mieux avant. Jamais. Et il chante ses décalages, ses souvenirs, sa famille, ses terres. Ses amours. Ces onze nouvelles chansons naviguent entre sourires en coin et fragilité, film jamais tourné et amour viscéral, géographie autobiographique et reprises habitées. Elles racontent un homme et tout ce qui fait son existence, du plus beau au plus triste, du plus anecdotique au plus sacré: de la naissance de ses jumelles, il y a cinq ans à la maladie de sa mère, de la Corse, qu'il a découvert récemment grâce à sa femme, à ces temps modernes qui n'en finissent plus de s'autoparodier. Didier Barbelivien a 62 ans. Il le sait et ne joue pas les midinettes. Il sait encore qu'il chante bien, qu'il n'a pas besoin d'être flatté pour assumer ses qualités. Ni ses limites. La marque d'un homme à qui on ne la fait pas. D'un homme qui n'a plus besoin de rien prouver et qui veut écrire, composer, interpréter encore. Il l'avoue au détour d'une réponse: Il a toujours préféré le rétroviseur aux prophéties bancales. L'instant présent n'est pas vraiment sa quête. Il veut ne pas oublier. Il veut se souvenir. Il n'a pas besoin de l'approbation d'autrui pour se sentir libre, vivant, au coeur des choses. Et pour chanter ce spleen si cher à Baudelaire. Car chez Barbelivien, il ne faut pas s'y tromper, malgré tous les tubes pour lui et pour ses camarades de jeu (on ne les compte plus!), il y a presque toujours cette petite touche de mélancolie qui affleure, qui perce, au détour d'une phrase ou d'une suite d'accords. Il cite Satie, Jean-Marc Roberts, écrivain et éditeur hexagonal talentueux et disparu, surtout son ami d'enfance, Audiard, Nimier, Blondin, Prince et Bowie, Alphonse Allais et les Beatles, Cabrel et Souchon, sans hiérarchie ni arrière-pensée. Il déborde de références, de rencontres, d'expériences. Il y a ceux qui protègent leur savoir, Harpagon misérables. Lui partage, transmet. Il est incapable de dire combien de disques il a exactement sortis. Là où d'autres, beaucoup d'autres, auraient terminé leur album avec une reprise, hommage en pointillés, presque planqué en fin de bandes, lui préfère ouvrir le bal avec. Parce qu'il favorise, à la jalousie castratrice, les belles chansons. “Je préfère être l'interprète d'un tube que le créateur d'un bide, voilà!” dit-il, hilare. Comme il a raison. “Ces Mots Stupides”, qui ouvre donc l'album, est une reprise du “Something Stupid”, songe somptueux autrefois popularisé par Franck Sinatra (que Barbelivien vénère) aux côtés de sa fille Nancy. Il ajoute, presque en passant: “J'aurais adoré reprendre “Strangers In The Night” qui pour moi est une chanson mythique mais je n'ai pas encore les burnes de le faire. Peut-être sur le prochain...” Là, c'est un duo avec Aurore Delplace, rencontrée alors qu'il commençait à produire “Marie-Antoinette et le Chevalier de Maison-Rouge”. “Elle a 28 ans, elle est belge, belge et belle. Et elle chante bien. Comme je ne me trouve pas terrible physiquement, j'ai toujours essayé de m'entourer de jolies filles quand je fais des duos” précise-t-il, avec une modestie de chenapan. L'anglais s'est presque naturellement mué en français. Et Barbelivien chante comme cet adolescent qui, dans les années 60, écoutait la radio lui promettre tous les possibles. Avec des étoiles dans les yeux. Les deux voix ondulent, échangent, prennent d'entrée par la main. La conquête des âmes a débuté. Presque tranquillement. Barbelivien sait y faire. Il ne souhaite qu'une chose: envahir les esprits, être fredonné, sous les douches, en voiture ou à vélo, enrichir l'inconscient collectif. La chanson, son ADN: “Moi, je suis toujours excité par les chansons. Mais très excité! C'est de pire en pire même. Je suis excité par les trouvailles. J'écoute beaucoup de disques de mes camarades, j'écoute presque tout ce qui sort. J'adore aimer les chansons. Quand j'aime, je suis comme j'ai toujours été, je retrouve mes quinze ans et j'écoute le disque en boucles. J'écoute de tout, de Céline Dion à Maître Gims, du jazz au hardrock, il suffit que ça me touche... J'étais fasciné par Léo Ferré mais j'étais autant fasciné par Claude François (rires). Quand j'étais adolescent, tout ce que j'aimais, je l'aimais à la folie. J'ai écouté l'album blanc des Beatles jusqu'à le rayer. En fait, j'aimais les tubes. Je n'aime toujours que les tubes! C'est peut-être ça la genèse d'un tube, c'est d'avoir une chanson excitante, une chanson qui vous porte et vous excite. Après, ça tient à tellement de choses. Il faut évidemment bien l'enregistrer... Sur ce disque, ouais, je pense qu'il y a quelques tubes. Il ne faut pas que je fasse le faux-cul, je pense qu'elles auront toutes du succès (rires). Mes échecs sont plus nombreux que mes succès mais grâce à Dieu, le public ne retient que les succès alors...”. Dans “Les Princes s'endorment”, qui suit, il fait rimer “Pacifique” avec “barbiturique” et ça semble vraiment l'enthousiasmer mais il y a bien autre chose dans cette chanson crépusculaire, belle comme un souvenir qui refuse de s'effacer. C'est un hommage délicat aux pop stars de sa jeunesse et d'aujourd'hui. Barbelivien énumère ceux qu'il n'a cessé d'admirer, il chante comme un auteur américain, avec une succession d'images saisissantes. On y est. “Vêtus de leurs mélodies” chante-t-il, comme pour mieux avouer qu'il a toujours respecté cette capacité d'un, au hasard, Bowie, à dégainer une nouvelle enveloppe pour mieux propulser sa musique. Quand le décorum servait les notes. Il y a même un clin d'oeil à Marcel Carné. C'est aussi une chanson sur la mort, sur ces idoles qui s'en vont, laissant derrière elles des orphelins mais surtout des mélodies, toujours, capables de résister au temps, d'édifier l'après pour ceux qui les ont adoptées. “La Corse en elle-même” est un beau et paisible travelling sur un pays qui n'a pas encore sacrifié toutes ses traditions sur l'autel de la rentabilité. Barbelivien chante les reliefs, les particularités, les différences, la force millénaire. Sa passion pour une terre encore sauvage, en tout cas indomptée, où la lumière vient autant des Cieux que du cœur: “J'ai eu un coup de cœur pour le pays et les gens de là-bas. Les Corses, ils me plaisent, c'est comme ça (sourire).” “Cette Petite mélodie” a été écrite il y a quelques années, depuis l'Afrique, au piano. L'ombre d'Erik Satie plane tout au long de cette chanson d'ambiance, poésie qui tourne, qui convoque autant l'apaisement qu'une nostalgie douce. “Mon Ange” change de registre. On entend d'abord une machine qui tape. C'est l'histoire d'un journaliste qui écrit une lettre d'amour. Rapidement, la déclaration égrène des sentiments contrastés, regard sur une société qui se perd. Seul l'amour reste digne, tangible, crucial. Aurore Delplace caresse les nuages de sa voix éthérée. “Amours de Moi” est peut-être le centre névralgique du disque. C'est une chanson écrite pour ses jumelles. C'est d'ailleurs ainsi que Didier Barbelivien les surnomme. C'est encore un père qui aime, qui se regarde aimer, c'est l'enfance qui ressurgit au détour d'un moment fugace, c'est cette dualité qui s'immisce à la naissance, quand, devant le berceau, l'homme comprend à la fois sa force et sa fragilité. Polnareff aurait pu signer ce titre autant intime qu'universel. Un joli instant volé à l'inéluctable. “Parc Monceau” est un instrumental au piano, avec, au loin, les voix de ses filles qui prolongent l'innocence: “J'avais envie de faire un instrumental parce que les instrumentaux, c'est quelque chose que je fais depuis des années mais sans jamais oser les enregistrer. Et quand on a terminé cet instru avec Tony, j'ai eu l'idée de faire venir les filles au studio, je les ai enfermées dans la cabine et je leur ai demandé de jouer comme quand elles jouent au Parc Monceau. On a fermé la porte vitrée et elles ont fait le sketche pendant quatre minutes. Et on a gardé. On a l'impression que c'est une musique de film, un truc un peu étrange...”. L'esprit d'un Delerue plane et c'est sensible, vulnérable, magique. “Saint-Tropez Fin Septembre” est une chanson love, comme sait si bien les composer Barbelivien. Aurore Delplace lui donne encore la réplique. Bossa nova détournée, balade à la nostalgie hors-saison où l'on peut entendre la mer raviver des instants perdus. “Les Violons du Passé” prend aux tripes et au cœur sans attendre: “C'est une chanson sobre mais précise sur la maladie d'Alzheimer, dont souffre ma mère. C'est très rare que je fasse des chansons aussi cliniques, avec très peu d'arrangements. Je ne voulais rien d'autre de plus que le piano et les cordes. Je voulais un truc qui raconte la chose comme elle est. Ni plus, ni moins.” Le fils, avec une dignité et une pudeur admirables, chante une maman désormais hors du temps. Beau. Barbelivien, comme pour mieux vivre encore, enchaîne avec “Dans La Peau d'Alain Souchon”, titre entraînant et qui swingue comme il faut, et qui ne vient pas de nulle part: “C'est une histoire vraie qui remonte à il y a très longtemps. Un jour, j'ai rencontré un mec en Bretagne. Il me croise et me reconnaît. Et il me dit: “Oh, Monsieur Barbelivien, c'est un tel plaisir de vous voir, j'aime tellement vos chansons...” Je commence à faire le paon, j'étais content. Et il ajoute: “Mais en fait, vous, je vous adore mais mon préféré des préférés, c'est Alain Souchon.” Et le voilà qui se met à me parler de Souchon pendant des heures (rires)! On en est resté là. Et c'est un truc qui m'est revenu dans la tête, il y a huit mois. Et j'ai eu envie d'écrire cette balade sur ce bonhomme qui était artisan boulanger, qui aurait aimé être dans la peau d'Alain Souchon.” Barbelivien s'amuse avec l'identité et son ego et c'est jubilatoire. Enfin, conclusion poignante, “Les Amants d'Oradour” est un hymne à l'amour plus fort que la guerre, malgré les larmes, malgré l'horreur. On écoute, on ne parle plus, on est avec ces deux amants, à l'heure où gronde la barbarie humaine: “J'allais produire l'album de Berliner quand il est mort. Et je me suis retrouvé avec cinq maquettes dont celle des Amants d'Oradour. C'est la rencontre d'un texte, d'une musique et d'une émotion qui m'a bouleversé. Quand j'entendais Berliner me chanter ça, elle me rendait dingo... Je ne pouvais pas laisser cette chanson au fond d'un tiroir. J'ai eu du mal à la faire parce que sentimentalement, ça me faisait quelque chose et vocalement, ce n'était pas évident pour moi de chanter ça. C'est une chanson magnifique. C'est ce qu'on appelle une grande chanson française. Ca aurait pu être chanté ou écrit par Ferré.” Ensuite, simplement le silence, qui prolonge l'émotion. Voilà. Didier Barbelivien sera sur scène pour incarner “Amours de Moi”. Bientôt. D'ici là, pas de doute: il noircira encore ses petits cahiers d'idées venues d'ailleurs, là où l'imaginaire ne hisse jamais le drapeau blanc.


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